Donne-moi des ailes de Nicolas Vanier !

Le dernier film de Nicolas Vanier « Donne-moi des ailes » vient de sortir au cinéma. Ce film fiction est inspiré d’une histoire vraie, celle de Christian Moullec un amoureux des oiseaux migrateurs qui voue sa vie à sauver les espèces en voies de disparition.

En 1995, il projette de réintroduire des oies naines en Suède en les habituant à voler près de son ULM afin de leur apprendre un nouvel itinéraire de migration moins dangereux que celui qui a causé leur disparition. Le projet débute avec des oies nonnettes apprivoisées et réussit en 1999 avec des oies naines sauvages ayant appris un nouveau chemin migratoire. Pour sauver l’espèce, il aurait fallu renouveler plusieurs fois l’aventure pour réintroduire 500 oies, malheureusement le projet est resté sans suite faute d’avoir obtenu toutes les autorisations des pays concernés.

Loin d’en rester là, Christian Moullec participe à des films sur les oiseaux et surtout pour sensibiliser le grand public, il crée une association Vol en V, qui propose des baptêmes en ULM et montgolfière avec les oies. En octobre 2017, c’est un client un peu particulier qui effectue un vol avec les oies. Il s’agit de Nicolas Vanier qui en ressort émerveillé et décide de réaliser un film et un livre !

roman Donne-moi des ailes de Nicolas Vanier d'après le film sorti au cinéma le 9 octobre 2019

Le livre :

Thomas Le Tallec, un adolescent de 14 ans, vit un passage difficile depuis la séparation de ses parents. Lorsque son père est parti vivre à 800 km de lui, il s’est senti abandonné et s’est réfugié dans sa bulle, son petit monde d’ado composé de jeux vidéos et de réseaux sociaux, délaissant ses études. A l’approche des vacances de Pâques, son redoublement de la troisième semble inévitable. Sa mère Paola qui a de plus en plus de mal à supporter leurs relations tendues, décide de passer le relais le temps des vacances à son ex-mari.

En arrivant chez son père, en Camargue, Thomas découvre un monde opposé à son quotidien parisien. Son père habite une ferme isolée au bord d’un marais avec la nature à perte de vue. D’emblée, il boude pour marquer son mécontentement d’être là et lui faire payer l’abandon. Les premiers jours sont difficiles, sans connexion internet pour pouvoir jouer aux jeux vidéos et presque sans réseau téléphonique, il faut grimper en haut d’une tour d’observation, qu’il supplie sa mère de venir le rechercher.

Son père, Christian Le Tallec le laisse bouder et continue les préparatifs pour mener à bien le combat de sa vie. Ornithologue et passionné par les oiseaux, il rêve de sauver une espèce d’oies sauvages en voie de disparition, leur chemin migratoire étant devenu trop dangereux. Son plan, nommé « Projet Odyssée » est d’élever des oies et de leur apprendre un nouvel itinéraire moins dangereux. Après les avoir emmené en Norvège, leur futur lieu de nidification, il leur montrera le chemin à l’aide de son ULM jusqu’au marais de Saint Romain en Camargue, leur lieu d’hivernage. Pour mener à bien son sauvetage, qu’il prépare depuis des années, il a cherché le meilleur itinéraire possible, apprit à piloter un ULM, et s’apprête à imprégner ses futures oies afin qu’elles le suivent comme s’il était leur père. Pour cela, il habitue les œufs au bruit du moteur en leur faisant écouter un enregistrement, il prévoit de s’accoutrer d’une robe de bure à capuche afin de casser sa silhouette humaine pour qu’elles le différencient des autres humains et en particulier des chasseurs.

Intrigué par le hangar où son père passe ses journées, Thomas profite de l’absence de celui-ci pour y jeter un œil. Il découvre l’ULM que son père est en train de monter. Il ne résiste pas non plus à toucher aux œufs. L’un d’eux se fissure, un instant il croit avoir tué un oisillon alors que celui-ci est tout simplement en train de naître. Les autres suivront et s’enticheront de lui et réciproquement.

Les jours passent et la fin des vacances approche mais Thomas ne veut pas laisser ses oies. Il veut participer à l’Odyssée, les accompagner dans leur grand voyage, vivre cette aventure jusqu’au bout. Il ne veut pas rentrer chez sa mère et reprendre sa vie de collégien comme ci tout ce qu’il avait vécu n’était qu’une parenthèse le temps des vacances. De toute façon, sa troisième est fichue. Reste à convaincre sa mère. Malgré ses réticences, celle-ci accepte, à la condition que son fils ne vole pas, car elle ne reconnaît pas son fils tellement son séjour l’a transformé.

Début août, Christian, Thomas et Bjorn, un ami ornithologue qui assurera le soutien logistique au sol lors du grand voyage, et les oies partent en direction de la Norvège. Commence alors une aventure inoubliable !

Mais tout ne se passera pas comme prévu… n’ayant pas obtenu les autorisations nécessaires et ne voulant pas risquer de voir l’espèce menacée disparaître s’il repoussait le projet d’un an, Christian a falsifié les documents espérant que personne n’y regarderait de trop près. Mais c’était sans compter sur un fonctionnaire norvégien pointilleux vouant une haine à Bjorn. A peine arrivés en Norvège, les problèmes commencent, les oies sont en danger…

Au fil des pages, on découvre un homme passionné prêt à tout pour sauver ses protégées, on observe la transformation d’un adolescent qui a trouvé un sens à sa vie, on s’émeut des premiers pas, des premières semaines des oies puis on frissonne lorsque les dangers les guettent ! Des personnages vrais et attachants, une aventure extraordinaire !

Ce livre est aussi un cri d’alarme et une invitation à réfléchir, à agir personnellement, collectivement et politiquement avant qu’il ne soit trop tard ! Trop tard pour les espèces en voie de disparition, pour la biodiversité, pour la planète…

Donne-moi des ailes

Roman de Nicolas Vanier

Paru chez XO Editions en 2019 – 340 pages

Le film :

Je vais rarement voir un film après avoir lu le livre car je suis plus lectrice que cinéphile. Aux images, je préfère les mots qui offrent plus d’intensité, de profondeur aux sentiments et aux émotions.

Mais là j’ai fait une exception car je pressentais que le film serait proche de l’histoire avec le paysage, les vols et les oies en images ! Je n’ai pas été déçue.

Bien sûr, le film occulte une bonne partie des informations concernant la vie des personnages, de leurs émotions ainsi que celles des oies. Dans le livre, toutes les oies ont un petit nom, un caractère propre, les émotions lors de l’Odyssée sont décrites avec plus d’intensité.

Mais, il est impossible de faire rentrer 340 pages dans 1h53. Le film est une réussite : un joli conte écolo, de l’humour, de bons acteurs et de beaux paysages !

Un film qui rencontrera un grand succès auprès des amoureux des animaux, de la nature… A la fin de la séance, le film a été applaudit !

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Le livre et le film se terminent avec le même message :

Plus de 420 millions d’oiseaux ont disparu du ciel européen en moins de trente ans, tandis que le béton et l’asphalte gagnent 80 000 hectares par an dans un pays comme la France.

Aujourd’hui plus que jamais, alors qu’aux dires des experts il reste deux ans pour réagir, il s’agit de rappeler ce proverbe indien :

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. »

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La bibliothèque des cœurs cabossés -Katarina Bivald

Sara Lindqvist est une jeune libraire suédoise de 28 ans solitaire et mal dans sa peau qui se réfugie dans les livres. Ses seuls amis sont les personnages des romans qu’elle lit jusqu’à ce qu’elle entretienne une correspondance avec Amy Harris une américaine de 65 ans très cultivée vivant en Iowa. Pendant 2 ans, elles échangent lettres et livres. Lorsque la librairie où Sara travaille met la clé sous la porte, Amy invite la jeune femme à lui rendre visite. Munie d’un visa touristique de 3 mois et d’une valise remplie de livres pour Amy, Sara débarque à Broken Wheel petite ville de l’Iowa où elle apprend avec stupeur le décès d’Amy. Elle est accueillie dans la maison de la défunte où famille et amis de celle-ci sont réunis après les funérailles.

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Parce qu’elle est l’invitée et l’amie d’Amy, une personnalité locale très appréciée, elle est conviée à rester séjourner dans la maison d’Amy. Georges un habitant sans emploi est chargé de la véhiculer et dans tous les commerces où elle va, le café ou le repas qu’elle prend lui sont offerts.

Sara découvre une petite ville américaine ayant subi de plein fouet la crise de 2008 où règnent l’amitié, l’entraide, la solidarité et le système D entre les habitants qui ne sont pas partis travailler et vivre à Hope, une grande ville située à 40 km. Elle fait connaissance des habitants tous cabossés par la vie et la crise. La première impression de la ville semble identique à l’image reflétée par Sara … sans charme et morose.

Après quelques jours, où tout lui est offert, Sara a envie de se rendre utile. Il lui vient l’idée de donner une seconde vie aux nombreux livres que possédait Amy. Elle décide de nettoyer l’ancien local d’Amy et d’y installer une librairie avec tous les livres de cette dernière. Les habitants un peu incrédules l’aident en donnant de vieux meubles dont ils n’ont plus besoin. Georges l’aide à nettoyer et repeindre le local. La petite librairie repeinte et agencée, Sara décide de classer les nombreux livres par genres. La collection d’Amy couvrait tous les styles littéraires, de ce fait, il y en a pour tous les goûts, même pour ceux qui ne lisent pas ou ceux qui préfèrent les films. Au départ, les recettes de la vente doivent servir à acheter de nouveaux livres mais très vite Sara propose aux habitants d’échanger le livre acheté contre un autre livre (sans payer). Comme Sara sait trouver le livre qui correspond à chacun, celui qui saura le captiver, la petite librairie devient très vite un lieu incontournable et pour la première fois de sa vie, elle va se faire des amis qui ne sont pas des personnages de romans.

Sara aidée des habitants décide de faire venir les habitants de Hope dans la librairie et dans la ville. Pour cela, ils organisent un grand marché. En devenant le centre d’intérêt, elle prend confiance en elle et s’épanouit ! La ville et ses habitants aussi !

Seule ombre au tableau, le temps file et son visa touristique arrive bientôt à expiration.  Toute la petite ville se mobilise pour qu’elle reste, germe alors une idée folle… celle d’organiser un mariage blanc !

Égrainées au fil des chapitres, des lettres d’Amy nous en disent plus sur elle, la petite ville et ses habitants. Un livre plein d’humour, avec des personnages très attachants, faisant référence à de nombreux livres.

La bibliothèque des cœurs cabossés est le premier roman de Katarina Bivald qui n’est autre qu’une ancienne libraire suédoise. Malgré ses imperfections, ce livre est devenu un best-seller international, grâce à sa jolie couverture et à la forte demande de romans feel good qui permettent de s’échapper de la grisaille quotidienne.

S’il est un peu lent, long, prévisible avec des personnages stéréotypés (le cocu alcoolique, la vieille fille bigote autoritaire, la mère célibataire, un couple d’homosexuels, la féministe rebelle… et un beau célibataire), j’ai passé un bon moment car c’est un roman qui parle de livres, fait la part belle aux relations humaines et qui fait l’éloge des petites communautés très soudées. Bien que datée post crise de 2008, l’histoire pourrait très bien se situer quelques décennies plus tôt car jamais il n’est fait mention d’internet, des réseaux sociaux… Un roman hors du temps ancré dans le monde réel !

Vous l’aurez compris, c’est une lecture légère et facile, à glisser dans sa valise, pour les amoureux des livres ! Si vous cherchez un livre mené tambour battant avec de l’action, des rebondissements, un suspens insoutenable… mieux vaut vous abstenir !

La bibliothèque des cœurs cabossés

Roman de Katarina Bivald

Paru aux Éditions DENOEL en 2015 – 482 pages

Miss Alabama et ses petits secrets de Fannie Flagg

Après avoir lu « Beignets de tomates vertes » et « Nous irons tous au paradis » de Fanny Flagg, j’ai récidivé avec « Miss Alabama et ses petits secrets ».

Dès le premier chapitre, on entre dans le vif du sujet : Maggie Fortenberry, 60 ans, célibataire sans enfant, ancienne Miss Alabama et agent immobilier à Birmingham a pris une grande décision : elle a décidé de mettre fin à ses jours ! Elle y pense depuis 5 ans. Elle a fait des listes avantages/inconvénients de son existence et trouvé 16 bonnes raisons de sauter dans la rivière contre seulement 2 mauvaises.

Elle prend toutes les dispositions, règle toutes les questions pratiques : trier ses papiers, détruire documents et photos, fermer ses comptes en banque, payer ses factures, résilier ses abonnements, rendre sa voiture au leasing, commander l’entretien et le fleurissement de la tombe de ses parents pour les 25 prochaines années. Elle donne tous ses vêtements, fait dons de son argent ainsi qu’une dernière liste pour le jour J afin de ne rien oublier : vider le frigo/ congélateur, sortir les poubelles… Elle a même fait une répétition simulation du jour J pour éviter toute mauvaise surprise de dernier moment.

Mais lorsqu’elle apprend, juste avant le jour J, qu’une des plus vieilles maisons de la ville située dans le vieux quartier résidentiel est à vendre, elle décide d’appeler l’avocat qui s’occupe des affaires de la famille, une ancienne connaissance, pour obtenir le mandat de vente pour l’agence où elle travaille. Celui-ci l’informe que le mandat a été confié à une certaine Babs Binington, une agent immobilier concurrente sans scrupules qui rafle toutes les ventes de la ville ces derniers mois. Après son appel, l’avocat décide d’attribuer le mandat à Magaret Fortenberry.

Le jour J, elle s’installe à l’arrière du taxi devant la mener à la rivière quand son téléphone sonne : un appel de New-York qui l’informe que c’est elle en personne et seulement elle qui a été choisie pour s’occuper de la vente de la maison de Crestview ! Elle ne peut refuser sinon c’est Babs qui récupère le mandat ! Elle doit remettre ses plans à plus tard, le temps de vendre la maison !

Elle avait tellement tout bien coordonné qu’elle se retrouve avec un appartement vide, sans vêtements ni voiture et sans argent !

En préparant la maison de Crestview pour la vente avec sa collègue, elles découvrent 2 malles entreposées depuis 1946 en attente de l’arrivée de leur propriétaire, dont une qui contient un squelette. Elles décident de l’entreposer le temps de la vente dans le box loué par sa collègue.

Intriguée par cette découverte, elle s’intéresse à la vie de l’ancien propriétaire Edward Crocker et son père Angus, riche industriel écossais qui fit construire cette demeure sur la colline.

Trois mois plus tard, elle finit par vendre la maison, reprend son plan pour mettre fin à ses jours mais à nouveau rien ne se passe comme prévu !

Après un démarrage un peu long où l’histoire et les personnages se mettent en place, une présentation minutieuse de son plan, l’histoire s’accélère et devient intéressante !

Les personnages, un peu stéréotypés voire complétement loufoques, sont très attachants. Les thèmes abordés, le choix des personnages (une communauté de femmes) sont là pour faire passer des messages. Et si certains rebondissements sont prévisibles d’autres ne le sont pas du tout.

Un roman drôle et divertissant à mettre dans sa valise !

En parlant de valises, les miennes sont prêtes ! Ne vous étonnez donc pas si votre commentaire ne reçoit pas de réponse ou si je ne publie pas pendant quelques temps, je pars en vacances sans connexion…

Je vous souhaite de bonnes vacances et je vous donne rendez-vous en août ! A bientôt !

Miss Alabama et ses petits secrets

Roman de Fannie Flagg

Paru aux Éditions Le Cherche Midi en 2014 – 435 pages

Pars avec lui d’Agnès Ledig

La lecture de « Juste avant le bonheur » d’Agnès Ledig m’avait donné envie de lire ses autres romans, j’ai choisi « Pars avec lui » son troisième roman. roman Agnès Ledig Editions Albin Michel

Lors d’une intervention, Roméo un jeune pompier tombe du huitième étage, évite la mort de justesse grâce aux arbres qui amortissent sa chute. Dans un état critique, il est pris en charge par Juliette l’infirmière de garde ce soir là au service réanimation.

Au fil des gardes de Juliette, un lien fort va s’établir entre l’infirmière et son patient. Touchée par l’histoire de ce jeune homme 25 ans qui depuis sa majorité élève seul sa petite sœur de 14 ans, elle va l’aider à reprendre goût à la vie et se reconstruire.

Derrière la douceur, la générosité et l’optimisme naturels de Juliette se cache un mal être dans sa vie personnelle. Son désir obsessionnel d’enfant et son besoin d’amour sont si forts qu’elle ne voit pas que Laurent son compagnon manipulateur l’a isolée de sa famille et ses amis, qu’il la rabaisse et l’humilie sans cesse. Son travail étant son échappatoire et le dernier rempart à son isolement.

Lorsque Roméo quitte l’hôpital pour un centre de rééducation, il écrit à Juliette pour la remercier. Une correspondance s’instaure entre eux jusqu’au jour où Laurent tombe sur une lettre et ordonne à Juliette d’y mettre fin. Elle s’exécute de peur qu’il la quitte et écrit à Roméo de la laisser tranquille. Roméo obéit par respect pour Juliette.

Dans la seconde partie du livre, on retrouve les personnages trois ans plus tard, où tout semble aller pour le mieux : Roméo a repris ses fonctions de pompier, sa petite sœur Vanessa est devenue une jeune fille de 17 ans indépendante et studieuse. Juliette attend enfin l’enfant tant désiré mais si cette grossesse apporte de la joie à Juliette, elle finit de l’isoler complètement car elle a arrêté de travailler. Elle se retrouve ainsi sous l’entière coupe de Laurent.

Quand Juliette s’enfuit pour échapper à Laurent, il n’hésite pas une seconde, quitte tout pour voler à son secours.

L’histoire de Juliette met l’accent sur les violences conjugales qu’elles soient physiques ou psychologiques. Elle montre la difficulté de voir, d’agir car les apparences sont parfois trompeuses, Laurent passe pour le gendre idéal, mais aussi le refus de voir, d’agir, la volonté de ne pas laisser voir, ou encore le sentiment d’impuissance.

A l’histoire principale s’ajoutent et se mêlent celles de l’arrière grand-père de Roméo, de la grand-mère de Juliette et de son collègue. Par le biais de tous les personnages, l’auteure aborde de nombreux sujets tels que se reconstruire après un accident, les relations toxiques dans le couple allant de la simple mauvaise humeur du conjoint aux violences psychologiques et physiques, se construire quand on n’a pas eu des parents à la hauteur, le désir d’enfant, la perte de l’enfant ou encore exister sans enfant, la sexualité à l’adolescence, la contraception, le choix de sa mort….

Agnès Ledig écrit pour transmettre des messages, éveiller les consciences sur des sujets de sociétés, le tout avec bienveillance envers ses personnages et ses lecteurs. Ses personnages fragilisés par la vie suivent leur chemin encore semé d’embûches jusqu’au bonheur, avec pour adage « l’important, ce n’est pas d’où l’on vient, ce que l’on a vécu mais où l’on va ! ».

La plume est agréable à lire, claire, précise et juste. Cette justesse dans la description des émotions de ses personnages est renforcée par l’alternance des deux narrateurs principaux auxquels s’intercale le journal intime de la petite sœur de Roméo.

A découvrir !!!

Pars avec lui

Roman d’Agnès Ledig

paru aux Éditions Albin Michel en 2014 -359 pages

Les délices de Tokyo de Durian Sukewaga

Sentarô, un homme dans la force de l’âge, tient une petite boutique de dorayakis. Ce sont de petites pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits appelée « An ».

Toute la journée, il est debout derrière sa plaque chauffante à préparer ces petits gâteaux et à servir les clients. Il travaille sans relâche mais aussi sans conviction dans le seul but de parvenir à rembourser sa dette. Pour oublier que sa destinée lui a faire prendre un mauvais chemin et que son rêve de devenir écrivain en restera un justement… il boit de l’alcool.

Un jour une vieille dame vient postuler à l’offre d’emploi affichée sur la devanture. Elle est prête à travailler pour la moitié du salaire proposé car elle a toujours rêvé de faire ce travail. Sentarô refuse en prétextant qu’à son âge, 76 ans ce n’est pas possible. Elle revient un autre jour pour lui dire qu’elle accepterai un salaire encore plus bas (200 yens de l’heure au lieu de 600) mais Sentarô refuse encore.

Cette fois, elle achète un doryaki dont elle trouve la pâte à pancake pas mauvaise mais la pâte de an insipide et sans âme. Normal, c’est de la pâte de haricots industrielle. Elle repart en lui laissant une petite boîte hermétique contenant le an qu’elle a préparé comme elle le fait depuis 50 ans.

Après avoir jeté la boîte à la poubelle, il a des scrupules et décide qu’en le goûtant il aurait fait son devoir et aurait la conscience tranquille. Or, le an de Tokue n’a rien à voir avec le an industriel dont il se sert. Celui-ci est juste délicieux ! Le soir au bar, il réfléchit et se dit que l’embaucher pour presque rien, ainsi que son excellent an augmenterait son chiffre d’affaire et qu’ainsi il pourrait rembourser plus vite ses dettes et se libérer de ce travail. Reste le problème des mains déformées de la vieille dame… Il décide qu’elle ne s’occuperait que de la préparation de la pâte de an dans l’arrière boutique à l’abri des regards.

Tokue lui enseigne l’art de préparer la pâte de haricots confits. Rapidement, grâce la pâte de an exquise de Tokue, la petite échoppe devient un endroit incontournable et Sentarô voit sa clientèle doubler.

Un jour, Sentarô trop fatigué ne vient pas travailler et Tokue le remplace à la boutique. Le lendemain, elle ne résiste pas à l’envie d’être au contact des clients surtout les jeunes collégiennes. Elle se lie d’amitié avec Wakana une jeune collégienne un peu perdue. Au fil des jours, la clientèle ne cesse de diminuer et Tokue doit partir car ses mains déformées et les traces de paralysie sur son visage en sont la cause. Les clients la fuient comme si elle avait une maladie contagieuse ! Effectivement, les séquelles de Tokue sont dû à la lèpre qu’elle a contracté à l’âge de 14 ans et la cause de son internement forcé dans une léproserie pendant 50 ans.

Alors qu’il utilise un vaccin depuis 1947,  le Japon a persisté à considérer les lépreux guéris comme dangereux qu’il fallait interner à vie. Un temps considérée comme une maladie héréditaire, les avortements et la stérilisation sont pratiqués de force. Ce n’est qu’en 1996, qu’une loi leur rend leur liberté. Mais comme le personnage de Tokue, les lépreux ont en moyenne 75 ans et beaucoup ont de lourds séquelles (cécité, handicap…) et n’ont jamais connu la vie en société, n’ont plus de famille alors ils restent vivre là où ils ont toujours vécus.

Les personnages tous abîmés par la vie sont très attachants, surtout celui de Tokue qui est pleine de vie, espiègle et qui a gardé son âme d’enfant, pure et optimiste.

C’est un roman émouvant et captivant à l’écriture moderne qui au travers de cette partie de l’histoire du Japon peu connue aborde des thèmes tels que l’exclusion, l’enferment, la peur de la maladie, de la différence et du handicap… ayant tous comme point commun le reflex du rejet, montre la difficulté à faire évoluer les mentalités.

Un vrai coup de cœur pour cette belle histoire de complicité et d’amitié intergénérationnelle !

Ce roman a été adapté à l’écran par la cinéaste Naomi Kawase et primé au festival de Cannes en 2015. Le film est disponible en DVD en version originale (japonnais) sous titrée en français. L’histoire a été légèrement adaptée, le personnage de Wakana la collégienne est plus présent. J’ai bien aimé le film, toutefois je préfère largement le livre qui offre plus de profondeur aux personnages, à leur vie et aux malades de la peste.

Les Délices de Tokyo

Roman de Durian Sukewaga

Paru aux Éditions A vue d’œil en 2016 –   352 pages

Nous irons tous au paradis de Fanny Flagg !

Après avoir lu « Les beignets de tomates vertes », j’ai récidivé avec « Nous irons tous au paradis » le dernier roman de Fannie Flagg. Une lecture feel good au coin du feu ou au chaud sous la couette entre 2 rangs de tricot qui contrebalance parfaitement la grisaille et la froidure de cet automne !

L’histoire se passe aux États-Unis dans une petite ville du Missouri au milieu des années 2000. L’héroïne Elner Shimfissle, une octogénaire pleine de vie sortie cueillir des figues dans son jardin se fait attaquer par un essaim de guêpes et tombe de l’échelle. Transportée d’urgence, elle succombe en arrivant à l’hôpital. Très vite, la nouvelle de son décès se propage dans la petite ville d’Elmwood Spring. Passé le premier choc, tout le monde s’affaire aux préparatifs de ses funérailles.

Au fil des pages, on découvre Elner, une femme incroyablement optimiste, toujours prête à rendre service, généreuse, qui fait le bien autour d’elle et qui est toujours de bons conseils. Une belle âme ! Un peu farfelue et très spontanée, elle n’hésite pas à appeler ses proches pour leur poser des questions métaphysiques ou leur faire part d’une nouvelle scientifique quelque soit l’heure du jour et de la nuit.

Elner est accueillie aux portes du paradis par sa sœur Ida où elle rencontre les Créateurs qui lui apparaissent sous l’aspect physique de familiers, son amie Dorothy et Raymond le mari de cette dernière tous deux décédés, afin de la mettre à l’aise.

Passé l’appréhension d’avoir à rendre des comptes sur ses actes, entre autre avoir donné un laxatif à un enfant de 8 ans pour le punir d’avoir jeté un caillou sur son chat, Elner discute avec Dieu.x. Très curieuse de nature, Elner en profite pour leur poser toutes les questions qui la turlupine depuis longtemps tel que le fait de savoir qui est arrivé le premier l’œuf ou la poule !

Contre toutes attentes, les Créateurs la renvoient sur terre, son retour d’entre les morts, ainsi que ses souvenirs de son passage dans l’au-delà, surprendra les médecins, sa famille et modifiera leur existence.

Comme dans les beignets de tomates vertes, l’héroïne est une octogénaire charmante, pétillante et attachante et le second personnage, ici sa nièce Norma, une cinquantenaire mal dans sa peau qui se révèle et s’épanouit au cours de l’histoire. Auxquels s’ajoutent les nombreux personnages du roman dont le talent de Fannie Flagg est de leur donner vie en quelques lignes et de nous faire croire que nous les connaissons !

L’auteure a su glisser quelques mystères qui nous titillerons jusqu’aux dernières pages, tel que le pistolet trouvé dans le bac à linge d’Elner par une de ses amies qui la croyant morte avait commencé à faire du ménage dans ses affaires.

Les chapitres courts offrent du rythme à ce roman drôle, émouvant parfois un peu caricatural, avec un peu trop de bons sentiments mais cela est divertissant et fait un bien fou au moral !

A lire si vous cherchez un livre drôle, attachant, émouvant,… qui donne la pêche et qui se lit tout seul !

Nous irons tous au paradis

Roman de Fanny Flagg

Paru au Éditions du Cherche Midi en 2016 – 394 pages

Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig

Avant de devenir écrivaine, Agnès Ledig a étudié l’agronomie, puis s’est reconvertie en sage-femme, métier qu’elle a exercé jusqu’à l’an dernier avant d’arrêter pour se consacrer entièrement à son métier d’écrivaine. Elle est venue à l’écriture parce qu’elle avait envie de crier au monde entier ce qu’elle était entrain de vivre.

C’est lors de l’hospitalisation de son deuxième fils pour une leucémie qu’elle s’est mise à écrire. Tous les semaines, elle rédigeait un bulletin destiné à donner des nouvelles à ses proches. Elle en a écrit une trentaine où elle essayait de dédramatiser la situation avec des choses positives et avec humour.

Après le décès de son fils, elle a fait un travail thérapeutique en écrivant un roman pour exprimer ce qu’elle ressentait mais sans parler d’elle. Ce roman trop noir intitulé « Deux secondes avant le miracle »(*) n’a pas été édité mais lui a donné le goût de l’écriture. Elle en écrit un deuxième et remporte le Coup de cœur des lectrices de Femme Actuelle avec « Marie d’en haut » qui sera édité en 2011.

Après ce succès, elle décide de retravailler son premier roman qui est devenu « Juste avant le bonheur ».

S’il est moins noir que le premier jet, « Juste avant le bonheur » est un roman dramatique qui parle de la perte d’un enfant. Les personnages ne trouveront donc pas le bonheur dans ce roman mais juste après avoir refermé le livre.

Julie a 20 ans, elle travaille comme caissière dans un supermarché pour subvenir à ses besoins et ceux de son fils de 3 ans qu’elle élève seule. Pour lui, elle subit l’abus de pouvoir de son chef, c’est d’ailleurs en voyant la larme à l’œil que Paul en passant à sa caisse s’émeut pour cette jeune fille. Après plusieurs passages à sa caisse, il l’invite elle et son fils à venir passer une semaine de vacances en Bretagne avec lui et son fils, médecin de 33 ans qui a perdu sa femme dépressive quelques mois auparavant.

Elle passe de merveilleuses vacances et appréhende son retour au supermarché après avoir goûté au bonheur. Mais ce n’est rien, comparé à ce qui l’attend, sur le chemin du retour, un chauffard qui roulait à contre sens les percute. Si Paul et elle ressortent presque indemnes de l’accident, Jérôme a une jambe et le bassin brisés et son petit Ludo est dans le coma avec un traumatisme crânien, le cerveau et la colonne vertébrale touchés.

Agnès Ledig a un vrai don pour l’écriture qui mêle humour et émotions. Sa nature hypersensible lui fait voir les choses autrement permettant une véritable justesse dans la description des émotions.

Les émotions sont présentes tout au long du livre avec une différence entre la partie précédant l’accident où malgré les bosses de la vie de chacun est plutôt joyeuse et la deuxième partie, celle de l’hospitalisation et du deuil où la tristesse et la douleur prédominent.

A lire avec une boîte de mouchoirs à porté de main !

Un véritable coup de cœur pour ce roman et pour la plume d’Agnès Ledig. Cette lecture me donne envie de lire ses autres romans qui sont tous porteurs de messages.

(*) en référence à un proverbe dans le livre : « ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle »

Juste avant le bonheur

Roman d’Agnès Ledig

Paru aux Éditions Albin Michel en 2013 – 343 pages

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